Politique et deepfakes

Les médias synthétiques prennent de la place dans la communication politique de certaines ONG américaines.

Le 3 novembre prochain, les Américains sont appelés à voter pour désigner leur 46ᵉ président. Que Donald Trump ou Joe Biden sorte vainqueur de ces élections, 2020 aura sans aucun doute été le théâtre de la pire campagne de l’histoire des États-Unis. À cette occasion, Represent.us, une organisation à but non lucratif qui se bat depuis 2012 contre la corruption et l’influence de l’argent dans les campagnes américaines publie deux vidéos, deux deepfakes, de Vladimir Poutine et Kim Jong-Un.

Les deux deepfakes que l’ONG a réalisés avec l’agence Mischief sont calqués sur le modèle de « In the event of Moon disaster ». Deux acteurs ont été engagés pour prononcer les faux discours, puis un créateur de deepfakes a réalisé le montage final. Une dizaine de jours aura suffi pour réaliser ce que des spécialistes des effets spéciaux auraient pu faire en un mois et pour plus cher.

Les deux vidéos sont aujourd’hui disponibles sur YouTube et Facebook sur les pages de Represent.us ainsi que sur un site dédié, mais elles étaient originellement programmées pour être diffusées après le premier débat Trump/Biden 4 sur Fox News, CNN, et MSNBC. Les networks en ont décidé autrement. Malgré la mention d’avertissement indiquant que les deux vidéos étaient des deepfakes, les pubs n’ont pas été vues à la télévision. La pédagogie n’était semble-t-il, pas assez claire.

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En février 2018, au lycée Marjory Stoneman Douglas en Floride, Nikolas Cruz abat près de 17 personnes de sang froid, dont Joaquin « Guac » Oliver, 17 ans. Trois plus tard, ses parents Manuel et Patricia Oliver se lancent dans une campagne anti-armes à feu et font revenir leur fils à la vie dans un clip qui interroge. 

La vidéo a été réalisée par  David Gaddie pour TheColony et le deepfake par le studio d’effets spéciaux et de postproduction Lightfarm. Contrairement aux médias synthétiques que l’on rencontre habituellement sur le web, les conditions de production ont été très différentes. Quand on réalise un faceswap, c’est-à-dire cette greffe numérique de visage caractéristique des deepfakes, on doit trouver de nombreuses images de référence d’un acteur, d’une femme ou d’un homme politique pour que l’algorithme puisse réaliser une vidéo réaliste. Plus les images sont de bonne résolution plus le résultat sera convaincant. Par exemple, les images d’Harrison Ford jeune ont pu être facilement collectées pour fabriquer le deepfake de « Solo » qui a tourné tout l’été sur YouTube.

Difficile de trouver autant d’images de référence pour réaliser le deepfake de Joaquin. C’est donc un procédé nouveau, permettant de recréer un visage à l’aide d’une photo réalisée à partir de trois autres qui a été employée. Le résultat manque de vérité, mais est-ce là le véritable problème ?

L’utilisation des deepfakes dans une certaine forme de militance politique commence à se développer. L’apparition régulière de ces deepfakes infuse l’idée du faux, de l’illusion, dans un message qui repose sur la sincérité des combats sous des prétextes de coups marketing et de conquête de l’attention des publics surinformés. Difficile si la tendance est à l’accroissement de ces pratiques ou si un ressac se fera sentir, mais elle questionne sans aucun doute notre vision du monde de demain.

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Et aussi…

🤖Dans un autre registre, Phil Ehr, candidat républicain pour la chambre des représentants en Floride s’amuse avec les deepfakes. La victime, Matt Gaetz, candidat républicain sortant.

👨‍💼Donald Trump a donc été testé positif au coronavirus et s’est empressé d’intervenir sur Twitter avec un message vidéo pour rassurer ses troupes. Immédiatement après son admission au Walter Reed Medical Center, les premiers tweets interrogeant l’authenticité de la vidéo sont apparus.

  • “This is the second time I’ve seen the Trump campaign issue a video that looks like a deep fake,” tweeted creative writer and producer Brian Walton.

  • “They put a deep fake video of Trump out,” tweeted producer Jeremy Wein.

  • “Ok deepfake,” tweeted producer Rob Rousseau.

👮🏻‍♂️Au japon des créateurs de deep-porns ont été arrêtés pour diffamation et d’autres délits. Les deux hommes, l’un de 21 ans l’autre de 47 ans ont admis les faits. Ils opéraient un site sur abonnement qui permettait de regarder des vidéos qu’ils avaient créé. Quatre vidéos ont été produites et le site a récolté en 8 mois près de 800,000¥ (soit à peu près 7,593$).

C’est tout pour le moment, portez-vous bien et à très vite.